Peter Martell/IRIN
Peter Martell/IRIN

Des élections au Soudan, une première depuis un quart de siècle. Pays le plus vaste pays d'Afrique, le Soudan organise en effet de dimanche à mardi prochains ses premières élections législatives, régionales et présidentielle multipartites depuis... 1986. Mais véritablement, ces consultations électorales auraient été saluées à leur juste valeur si leur organisation avait requis le consensus minimal au sein du landernau politique soudanais.

En effet, ce processus électoral, que Soudanais et partenaires occidentaux ont depuis longtemps appelé de tous leurs voeux, va se dérouler sur fond de contestations et de boycotts de quelques poids lourds politiques : la semaine dernière déjà, le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) du regretté John Garang annonçait le retrait de son candidat, Yasser Arman, à la présidentielle et entendait boycotter l'ensemble du processus électoral au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie à la guerre civile. En clair, ce mouvement sudiste a décidé de boycotter les élections dans 13 Etats sur les 15 du Nord -Soudan.

Vu la représentativité du MPLS dans cette partie de l'entité soudanaise, ce serait superfétatoire de dire que cette présidentielle tant attendue a déjà perdu de son lustre. Cependant les Sud-Soudanais ne sont les seuls à révéler que le ver était déjà dans le fruit et qu'il ne servait à rien d'aller à ces consultations électorales pour faire de la figuration.

En effet, les quatre principales composantes du consensus national - le Parti Umma (nationaliste), le Parti Umma réforme et renouveau, le Parti communiste et le Parti unioniste démocrate - ont accusé, en des termes peu amènes, la commission électorale de partialité et estimé que le parti du président Omar el -Béchir, le Parti du congrès national, se préparait à truquer le scrutin.

C'est dans ce contexte de suspicions de fraudes, d'irrégularités dans les préparatifs et de boycotts que la mission d'observation de l'Union européenne a décidé de retirer ses observateurs du Darfour, prenant acte de l'impossibilité d'accomplir sa tâche dans cette région en proie à la guerre civile. C'est de notoriété publique que la violence endémique et persistante au Darfour, ne permet aucunement une observation aisée de ces élections pour juger de leur régularité.

Et pour tous, un report serait salutaire pour le processus électoral ,voire la paix au Soudan, car, avec ses 2 505810 km2 de superficie et ses infrastructures pas toujours adéquates ,il aurait fallu un peu plus de temps pour une organisation pratique. Mais, véritablement, rien n'émeut le général el-Béchir, qui tient à organiser ses élections ; coûte que coûte, quitte à fouler aux pieds les principes élémentaires et les us et coutumes en la matière Troublant tout de même pour quelqu'un pour qui la démocratie, la bonne gouvernance sont loin d'être la tasse de thé !

Voilà un général qui, de sa prise du pouvoir par la force le 30 juin 1989 (en renversant Ahmed-al Mirghani), à nos jours, n'a daigné organiser la moindre élection et qui, subitement, tout fébrile, entend se taper une légitimité à bon compte. Ne serait-ce pas par hasard une manière d'être plus fréquentable et d'espérer enfin échapper aux griffes de la Cour pénale internationale ?

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Source: allafrica.com