L’action humanitaire menée en réponse aux conflits armés contemporains, qui tendent à se prolonger, souvent sans connaître une fin ou un règlement clairs et nets, doit être mieux adaptée aux besoins complexes de la population touchée, indique le rapport annuel 2009 du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
Passant en revue les opérations menées l’an dernier dans 80 pays, l’institution a noté que les périodes prolongées de violence armée sont à l’origine d’un ensemble de problèmes graves qui requièrent une action humanitaire durable, flexible et diversifiée.
« Les conséquences induites par ces conflits de longue durée vont bien au-delà de ce que nous pouvons souvent lire dans la presse », a déclaré le président du CICR, Jakob Kellenberger. « L’incertitude générée par le fait de ne pas pouvoir rentrer chez soi pendant des années ou le fait de devoir marcher pendant des heures, jour après jour, pour aller chercher de l’eau, ne font pas les gros titres… Ce sont les obus et les effusions de sang qui interpellent le public. Or même lorsque l’attention du public se tourne ailleurs, les problèmes demeurent, et notre travail d’humanitaires se poursuit. »
Selon le rapport annuel, les victimes de nombreux conflits armés modernes font face à un ensemble complexe de pressions et de problèmes liés à l’insécurité persistante – qu’il s’agisse de besoins à court terme et souvent récurrents, comme la sécurité, la nourriture, l’eau, l’hébergement et l’aide médicale, ou de problèmes chroniques, tels la pauvreté, la malnutrition, l’absence de scolarisation, la pénurie d’emplois ou l’insuffisance des soins de santé.
« Le rapport présente un aperçu des souffrances endurées, des décennies durant, par la population, notamment en Afghanistan, en Irak, en Israël et dans les territoires occupés, en Somalie, au Soudan, en Colombie et aux Philippines », a ajouté le président du CICR. « Si vous regardez nos rapports annuels d’il y a dix, vingt ou même trente ans, vous verrez que ces mêmes conflits étaient déjà latents ou sur le point d’éclater. Ce qui me préoccupe le plus, c’est l’effet cumulatif destructeur de cet ensemble particulièrement pernicieux de conflits sur des générations entières. »
M. Kellenberger a dit qu’en étant « engagé dans la durée » et en maintenant une présence sur le terrain, le CICR a pu comprendre les besoins aigus et persistants de la population touchée par des conflits et y répondre plus efficacement. Il a ajouté que « le caractère interminable » des guerres et des insurrections nécessitait de la part des agences humanitaires qu’elles soient préparées à fournir divers types d’assistance sur de plus longues périodes.
Dans le cadre des activités menées en 2009, le CICR a renforcé sa coopération sur le terrain avec les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ; ces dernières sont bien ancrées dans leurs communautés locales et peuvent ainsi agir au plus près des personnes qui ont besoin d'aide, en particulier dans les régions reculées.
Lors de la présentation du rapport annuel à Genève, M. Kellenberger a appelé les gouvernements à redoubler d'efforts afin de réduire au maximum les conséquences humanitaires des conflits armés et autres situations de violence pour la population civile. Il a ajouté qu'il était nécessaire d'exercer une pression accrue sur les parties au conflit pour faire en sorte qu'elles respectent le droit international humanitaire.
En 2009, le CICR a dépensé au total 1,06 milliard de francs suisses*, soit une légère baisse par rapport au montant record de près de 1,1 milliard de francs suisses enregistré en 2008. L'Irak, le Soudan, le Pakistan et l'Afghanistan comptent parmi les opérations les plus importantes menées l'an dernier, représentant près d'un tiers des dépenses totales de l'institution.
M. Kellenberger a déclaré que ce montant proche du plus haut atteint en 2008 reflétait à la fois la nature durable des conflits armés contemporains et la vulnérabilité accrue des civils.
Il a cité l'Afghanistan et la Somalie comme posant des « défis opérationnels majeurs » au CICR, ajoutant qu'au fil des années, le chaos de la guerre et l'incertitude avaient progressivement sapé les perspectives de stabilité et de croissance de ces deux pays dans les domaines économique, social, scientifique, pédagogique et politique.
« Les habitants ont dû subir non seulement des bombardements et des attaques, mais aussi faire face à des décennies de déplacement, à l’insuffisance ou l’inexistence des soins de santé, à des restrictions de mouvement, à des humiliations, au chômage, au désespoir, au fait d'être séparés de leurs proches, à une dépendance croissante de l'aide extérieure et à la lutte pour des ressources de plus en plus rares, a affirmé M. Kellenberger. Je me demande à quoi ressembleraient aujourd'hui l'Afghanistan et la Somalie – quel serait leur état de développement économique et social, leur taux de scolarisation – si, durant toutes ces années, ces pays avaient connu paix et progrès plutôt que violence meurtrière et dévastation. »
Rapport annuel 2009
L'importance d'un engagement à long terme, interview avec Pierre Krähenbühl, directeur des opérations.
Actualité
20/05/2010
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