Le Conseil des droits de l’homme condamne l’islamophobie

Une résolution sur la diffamation des religions contenant un paragraphe sur l’interdiction des minarets a été adoptée à une très courte majorité jeudi à Genève.
Une résolution contre la diffamation des religions, présentée par l’Organisation de la conférence islamique (OCI) à l’initiative du Pakistan, a été adoptée jeudi à une très courte majorité au sein du Conseil des droits de l’homme à Genève. Les pays de l’OCI et du groupe africain ont voté pour (20 voix), l’Union européenne, les Etats-Unis et certains pays latino-américains contre (17 voix) et il y a eu 8 abstentions. Un paragraphe du texte se réfère à l’interdiction des minarets comme l’une des manifestations de l’islamophobie qu’il condamne.

« Nous sommes satisfaits, c’est un bon vote », commente pourtant Julie Gromellon de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). L’ONG, comme bien d’autres, travaille à l’éradication du terme « diffamation des religions » des textes de l’ONU.

Erosion diplomatique

Ce concept, qui a fait l’objet d’une multitude de résolutions depuis son avènement dès 1997 au sein de feu la Commission des droits de l’homme, rencontre depuis quelques années moins de soutien. Les pays latino-américains, qui jusqu’alors s’abstenaient, optent pour le non. Tandis que certains pays africains, comme le Ghana ou le Cameroun, se désolidarisent de l’OCI et s’abstiennent. « Nous espérons que, avec cette érosion des résultats, le Pakistan sera disposé à négocier avec les pays occidentaux », conclut Julie Gromellon.

Réagissant à l’adoption de la résolution, et sa clause sur les minarets, l’ambassadeur de Suisse auprès de l’ONU, Dante Martinelli, a tenu à souligner que « la liberté de culte reste acquise en Suisse, quelle que soit la religion pratiquée ». Il a surtout insisté sur l’opposition de la Suisse « au concept même de diffamation des religions qui n’est pas pertinent. Les droits de l’homme doivent protéger des individus et non des systèmes de croyance. »

Il est un fait que le passage sur les minarets fait référence sans ambiguïté à la Suisse, même si celle-ci n’est pas citée. L’ambassadeur du Sénégal, Babacar Ba, représentant de l’OCI à Genève, a d’ailleurs confirmé que le paragraphe « a été introduit à la demande de l’OCI à la suite du vote du peuple suisse le 29 novembre ».

Un avertissement de l’OCI

Selon un diplomate occidental, la résolution, clause suisse incluse, sonne comme un avertissement de la part de l’OCI aux pays européens. Depuis sa création, la notion de diffamation des religions apparaît comme une épée brandie par le Pakistan à l’égard de l’Occident. Mais pourquoi cet acharnement ?

Plusieurs raisons à cela, affirme Adrien-Claude Zoller, directeur de l’ONG Genève pour les droits humains : « En condamnant l’islamophobie, le Pakistan cherche à se mettre à l’abri des accusations. C’est un des pays au monde où les minorités religieuses sont les plus réprimées. S’ajoutent à cela le règlement de la facture Bush, l’après-11 septembre et sa lutte contre le terrorisme, qui a tourné à l’islamophobie. Et, facteur aggravant, les agissements des populistes d’extrême droite en Occident, comme le vote des minarets. »

Les résolutions votées au sein du Conseil des droits de l’homme ne sont pas contraignantes. Pourtant, celle sur la diffamation des religions a des incidences directes sur le terrain. « Ce concept participe de la restriction des libertés sur les questions religieuses et contribue à donner une légitimité à toutes sortes d’abus dans le monde arabe », affirme Hossam Bahgat, directeur exécutif de l’Initiative égyptienne pour les droits individuels, une organisation reconnue pour son engagement en matière de libertés.

Criminaliser les critiques

« En Egypte, poursuit-il, un article du Code pénal criminalise les critiques, les caricatures et toute forme de dérision à l’encontre de la religion. Ainsi, quiconque insulterait une des trois religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam) peut être punissable de 3 à 5 ans d’emprisonnement. Mais ce qui est entendu par « insulte » est laissé à l’interprétation des agents de sécurité et des magistrats.

Combiné avec la loi d’exception en vigueur depuis l’assassinat du président Sadate en 1981, cet article permet de détenir toute personne considérée comme une menace pour la sécurité de l’Etat. Résultat : les musulmans se convertissant au christianisme, ainsi que les chiites, les bahaïs, les homosexuels ou même des blogueurs se retrouvent derrière les barreaux. »

Carole Vann, InfoSud

Source: InfoSud