Eugène Terre'blanche
Eugène Terre'blanche

La nation Arc-en-ciel renouera-t-elle avec les vieux démons de l'apartheid qui, visiblement, ne sont pas assez repus du sang des sud-africains, sans distinction de couleur? Le risque est de plus en plus grand pour l'Afrique du sud de revivre l'époque douloureuse et sanglante des violences inutiles qui ont endeuillé pendant longtemps le pays de Nelson Mandela.

Le feu pourrait être mis aux poudres avec le meurtre, le 3 avril dernier, de Eugène Terre'blanche, tué à coups de machette par deux de ces ouvriers agricoles qui revendiqueraient leurs salaires. Cet assassinat aurait pu réellement passer pour un simple fait divers comme en connaît au quotidien l'Afrique du sud où l'insécurité est endémique. Mais l'épisode regrettable de la remise au goût du jour, par des militants de l'ANC, le parti au pouvoir, de chants guerriers, appelant «à tuer les Blancs» est passé par là. C'est dans cette logique que des sympathisants du leader de l'extrême droite selon qui des noirs tuent de plus en plus des fermiers blancs sont prêts à organiser la revanche.

Heureusement que, malgré leur ire ostensible, ceux-ci ont écarté, tout acte de violence en guise de représailles. Mais sait-on jamais les débordements ne sont pas à écarter, avec la comparution des meurtriers de Eugène Terre'blanche devant la justice, ce mardi 6 avril pourrait bien déclencher l'éruption de ce volcan ethnique qu'on croyait endormi pour toujours. Pourquoi les autorités sud-africaines, elles aussi, se sont-elles accommodé pendant tout ce temps d'un courant d'extrême droite dont les actes ont pu provoquer une sorte de révolte de la part des noirs?

Pourquoi retourner sur le sentier de guerre au détriment de l'heureuse voie d'espérance tracée par Madiba qui, bien qu'ayant été affreusement marqué à vie par l'ignoble système de la ségrégation raciale a travaillé à asseoir les bases de la nation Arc-en-ciel? Cet espoir, Jacob Zuma l'a plus ou moins entretenu, lors de son investiture en mai de l'année dernière, en affirmant solennellement de continuer l'action de Nelson Mandela «pour une nation unie et réconciliée».

Certes, Jacob Zuma, ne s'est pas prononcé officiellement sur cette entreprise suicidaire sur font d'hymne à la tuerie en Afrique du sud, mais il n'en demeure pas moins que l'initiative vient du Congrès national africain, son parti, qui a du mal à réaliser de façon diligente et pacifique la réforme agraire. Quelle mouche a donc bien pu piquer les nostalgiques de l'ANC, à moins qu'ils ne soient simplement tombés sous l'influence négative du Zimbabwe voisin où la chasse aux fermiers blancs continue de faire rage.

Il faut le reconnaître les vestiges de l'apartheid sont toujours visibles à l'oeil nu dans une Afrique du sud où le pouvoir économique est toujours aux mains des Blancs, une minorité de moins de 10% de la population, alors que les Noirs, majoritaires, continuent de croupir dans des ghettos sans électricité ni eau, sevrés des mesures d'hygiène les plus élémentaires et sont plus que jamais exposés aux ravages de fléaux tels le Sida, la pauvreté, l'insécurité, etc. Rien de tout ça ne saurait tout de même pousser les militants de l'ANC, parti au pouvoir à déterrer la hache de guerre pour replonger l'Afrique du sud dans ses années rouges du sang de ses fils. Ils sont tout près de vendanger les grands efforts de Mandéla et tous ceux qui ont oeuvré à épargner à l4afrique du sud postapartheid, le feu dévastateur de la haine aveugle.

La violence n'a jamais résolu ces genres de problème. Elle ne fait que les empirer et si un héritage comme ce chant, qui porte en lui les germes de l'exclusion, menace la relative cohésion sociale de la nation sud africaine, il faut simplement s'en débarrasser. Il existe bien des mécanismes plus civilisés pouvant réunir autour de la même table, Blancs, Noirs, et Métis sud africains, afin de parvenir à une répartition plus équitable des richesses du pays. Il est temps de faire taire à jamais l'hymne de la haine pour entonner le refrain plus gai de l'amour et de l'union, surtout à quelques semaines de la coupe du monde de football-sport rassembleur par excellence- que le continent noir accueille pour la première fois de son histoire en Afrique du sud.

Source: allafrica